Journée mondiale de la santé - Comment nos étudiants diplômés contribuent à des questions complexes de notre société

Publié le lundi 3 avril 2017

Journée mondiale de la santé

Comment nos étudiants diplômés contribuent à des questions complexes de notre société ?

Stéphanie Maltais

Doctorat – Mondialisation et développement international

Parlez-moi de votre parcours?

Ma première mission d’expatriation remonte à 2007 où j’ai travaillé en Casamance, dans le sud du Sénégal, sur un projet d’appui aux victimes de mines antipersonnel. Ensuite, voyant que les besoins ne se trouvaient pas seulement à l’étranger, j’ai voulu aller travailler dans le Grand Nord canadien, avec les communautés inuites. En 2010, j’ai décidé de joindre mes forces à Handicap International après l’important séisme qui a touché Haïti.

Entretemps, j’ai complété un baccalauréat avec majeure en science politique et mineure en coopération internationale à l’Université du Québec à Chicoutimi ainsi qu’une maîtrise en gestion du développement international et de l’action humanitaire à l’Université Laval. Je suis actuellement candidate au doctorat en développement international à l’Université d’Ottawa. Mes domaines de spécialisation sont l’humanitaire, la santé, la résilience, la gestion et le développement durable. Ma thèse porte sur la gestion résiliente des crises sanitaires dans les États fragiles. Je réalise une étude de cas sur la gestion de l’épidémie d’Ebola, en 2014-2015, en Guinée.

En plus de mes études doctorales, je m’implique dans des organisations non gouvernementales canadiennes (ONG) dont la Croix-Rouge canadienne. Je suis superviseure sur l’Équipe d’intervention d’urgence lors des grandes crises sur le territoire. En 2016, j’ai eu l’occasion de participer à l’opération d’accueil des réfugiés syriens à Montréal.

Qu’est-ce qui vous a motivé ou inspiré à faire de la recherche sur le sujet de la gestion des crises sanitaires dans les États fragiles?

Voyant quelques lacunes lors de mes expériences en humanitaire à l’étranger, j’ai compris l’importance de la recherche pour améliorer les pratiques et faciliter le travail opérationnel lors des grandes crises. Par exemple, lors de mon affectation en Haïti, j’ai été témoin de la transition – quelque peu difficile – entre la phase humanitaire et celle de la réhabilitation et du développement. Je me suis donc intéressé à ce sujet lors de mon parcours à la maîtrise.

Par la suite, j’ai décidé de poursuivre au doctorat en travaillant sur la gestion résiliente des crises sanitaires. La résilience signifie la capacité à anticiper les risques, à limiter les impacts et à rebondir à la suite d’un choc. Pour moi, la résilience des États fragiles est essentielle pour pouvoir faire face aux crises d’une grande ampleur. Dans la littérature, on parle depuis plus d’une vingtaine d’années de l’importance du continuum entre l’intervention d’urgence et le développement à long terme, notamment dans le but de rendre plus durables les actions humanitaires. Le fait de penser à la résilience, avant les crises, offre la possibilité de mettre en place des stratégies qui visent la durabilité des interventions humanitaires et une complémentarité entre les acteurs, les institutions, les activités et les objectifs.

Pourquoi votre recherche est importante pour la société?

Les travailleurs humanitaires préfèrent en général être « sur le terrain », au cœur de l’action, plutôt que de poursuivre des études doctorales. Mais, la recherche et les sciences sociales sont essentielles pour analyser les crises sanitaires puisque les aspects de gouvernance, sociaux, économiques et culturels influencent la situation sanitaire des pays.

Dans la littérature, il est possible de remarquer que l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest est un exemple des lacunes dans les préalables de la résilience, notamment en ce qui concerne la capacité de gouvernance des autorités locales, le personnel qualifié, les ressources médicales de base ainsi que de mobilisation des acteurs locaux.

Il n’est pas possible de transférer intégralement de bonnes pratiques de gestion de crise d’un contexte à l’autre en raison des particularités de chacun des cas. Les modèles de gestion de crise adoptés dans les pays qualifiés de « développés » ne sont pas nécessairement applicables dans les États fragiles aux vues de certaines caractéristiques de ces derniers.

Qu’aimerez-vous voir ou accomplir dans le futur à ce sujet?

Les crises sanitaires sont particulièrement fréquentes dans certaines régions. Idéalement, c’est certain que j’aimerais que mes recherches bénéficient aux États fragiles et précisément à la Guinée, où je vais cibler mon étude. Plusieurs maladies infectieuses et maladies endémiques touchent cette sous-région du monde. Alors, si mes recherches permettent de s'interroger sur la gestion des crises sanitaires, ce sera déjà un point positif.

J’aimerais aussi enrichir la littérature sur la gestion résiliente dans le contexte humanitaire et favoriser une meilleure transition entre l’humanitaire et le développement. Je veux continuer mes recherches dans le domaine et améliorer le travail des professionnels qui interviennent dans le secteur humanitaire.

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