Projets de recherche subventionnés

Titre du projet : Crime, blasphème, folie ou libre choix? Regards croisés sur l'interprétation et la prise en charge du geste suicidaire au Québec de 1763 à 1972

Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSHC : 2014-2017)

Résumé :
Depuis l'époque où le suicide était traité par la justice comme un meurtre de soi-même jusqu'à la décriminalisation de la tentative de suicide en 1972 au Canada, la réaction sociale à l'endroit du geste suicidaire a connu un renversement spectaculaire juridiquement et socialement. Crime grave, offense à Dieu, faute individuelle, pathologie mentale, détresse psychologique, problème de société, autant de visages que la société québécoise a associé au comportement suicidaire depuis la Nouvelle-France.

Notre projet constitue la deuxième phase d'un vaste programme de recherche sur une sociologie historique du suicide entrepris en 2008 et subventionné par le CRSHC (2010-2013) qui vise à étudier le geste suicidaire au Québec depuis 1763 à partir des témoignages de première main. Il s'agit maintenant d'analyser l'évolution des discours juridiques, psychiatriques, intellectuels et culturels qui ont pu influer sur le changement de la représentation sociale du geste suicidaire et ses modes de prise en charge jusqu'en 1972, année de la décriminalisation de la tentative de suicide. Trois axes de recherche sur un temps long sont priorisés: 1) l'étude des dossiers des cours de justice conservés aux Archives nationales du Québec (ANQ), 2) l'examen des suivis psycho-médicaux des internés préservés dans les archives des institutions psychiatriques (principalement à L.H. Lafontaine à Montréal), 3) une histoire culturelle sur la mort volontaire au Québec à partir des écrits savants et littéraires qui a pu influer la réaction sociale face au suicide. Autant de points de vue qui ont émergé de nos analyses des dossiers du coroner et qui méritent une attention particulière pour saisir la complexité de la représentation du geste suicidaire sur un temps long.

Poursuivant notre démarche méthodologique éprouvée depuis cinq ans aux ANQ, nous analyserons les discours des acteurs sociaux appelés à commenter et expliquer le suicide ou sa tentative, que ce soit les suicidés ou ceux qui ont attenté à leur vie par l'entremise des lettres d'adieu ou encore des témoignages et dépositions des juges, policiers, psychiatres, proches et autres protagonistes concernés dans les documents officiels. Les miliers de dossiers ainsi colligés seront numérisés et ajoutés à notre banque de données sur le suicide afin de jeter des regards croisés sur les pratiques et discours institutionnels et sociaux face au comportement suicidaire (Volant 1990; Gratton 2001; Martel, 2001; Weaver et Wright, 2009; Godineau, 2012; Guillemain, 2012).

Titre du projet : De crime de lèse-majesté à "problème de société": l'évolution de la réaction sociale à l'égard du suicide au Québec de 1763 à 2000

Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSHC :2010-2013)

Résumé : à l'époque de la Nouvelle-France, le suicide était considéré comme l'un des crimes les plus odieux qui puisse se commettre. Le cadavre d'une personne convaincue de "s'être homicidée" était pendu par les pieds sur la place publique, puis jeté à la voirie. La réaction sociale à cette forme de "déviance" allait par la suite diminuer en intensité aux 19e et 20e siècles jusqu'à ce que le "crime" de tentative de suicide soit retiré du Code criminel canadien en 1972. Longtemps considéré comme faute individuelle, le suicide est désormais perçu comme un "problème de société". En 2006, 42% de la population du Québec considérait le suicide comme "un geste acceptable" (Association québécoise de la prévention du suicide, 2007). Cette évolution face au suicide constitue un exemple frappant de déconstruction d'un crime. C'est l'histoire sociale de cette déconstruction que nous souhaitons entreprendre. Plus particulièrement, nous voulons dégager une analyse de cette évolution à travers le discours même des principaux intéressés, des suicidés eux-mêmes et de leurs proches, pour l'ensemble d'une collectivité, le Québec, de 1763 à 2000.

Or, si une telle étude reste possible auprès des proches de personnes qui se sont enlevées la vie dans un passé relativement récent, elle ne l'est plus lorsqu'il est question d'un passé éloigné. Prétendre interroger les principaux acteurs concernés par ce drame social (proches, officiers de justice, prêtres, médecins) ou le suicidé lui-même sur les raisons de son passage à l'acte; tenter d'établir des liens entre les motifs exprimés et l'évolution du contexte social, politique, économique ou religieux; étudier les états d'âme et l'évolution des attitudes face au geste posé ou encore analyser sur un temps long la réaction sociale à l'égard du suicide par l'entremise des différents témoignages pris sur le vif peut paraître impossible, sinon farfelu. Cependant, en y réfléchissant bien, il appert que cela n'est pas impossible. En effet, depuis les débuts du Régime anglais, les cas de mortalité violente ou suspecte ou qui n'apparaissent pas naturels entraînent au Québec une enquête d'un officier de justice, le coroner. C'est le cas lorsqu'une personne est soupçonnée de s'être suicidée. Lors de son enquête, le coroner prendra les dépositions des proches du décédé, s'attardant sur ses dernières heures de vie, sur ses dernières paroles, sur les causes et motifs qui, selon eux, ont pu motiver son geste. C'est à partir de ces témoignages que nous serons à même d'analyser la réaction des principaux acteurs sociaux intervenant dans les dossiers par rapport au geste posé.

Titre du projet : Plateforme d'analyse de la Régulation sociale du suicide au Québec

Fonds de recherche en santé du québec (FRSQ) - Réseau thématique de recherche (2013-2017)

Partenaires : Réseau sur le suicide, les troubles de l'humeur et les troubles associés (RQSHA) et Laboratoire d'analyse historique des régulations sociales (LAHRS)

Résumé : Mise en place d'une plateforme numérique contenant l'ensemble des documents contenus dans les Archives du coroner du Québec sur les cas de suicide, et ce depuis 1763.

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